rencontre un déjà vieux couple
avec des tetes empâtées
de mari et femme
devenus
que je connais de vue
depuis trente ans
quand on leur donnait
amants
le soleil en décapotable
sur la radieuse milky way de l’expansion
le mouvement s’est ralenti
ils ont “pris de la surface”
semblent a l’âge enlisé
avec des problemes
de transmission
d’héritages
on les dirait
aerant cette maison
qu’ils ouvrent les derniers
volets
d’un grincement qui se fige
sur un avenir off limits
qui veut triompher des ombres
si ca pouvait demeurer
qu’un contraste
un decalage temporel
melancosouriant
a la Sempé
je vous en ferais un dessin
si j’avais la main
mais c’est le monde
dans sa terrible evidence
qui n’avance pas
qui se repète
avec ses crepuscules qui vous ensablent
plus vite qu’on croyait
la vie
elle reste au galop
sur les placards publicitaires
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viens d’en finir avec le brûlot
dont tout le monde semble parler
jusque dans les officines policières
et surtout
comble du gag
prendre au SERIEUX
l’insurrection a venir
beau texte
bien sérré
bien boulonné
et une touche d’humour au début:
“”le futur n’a pas d’avenir”
est devenu la sagesse
de notre époque,qui en est arrivée ,
dans son extrême normalité,
au niveau de conscience
des premiers punks”
mais côté rigolade
ça s’arrête là
et toute de suite
on sort une belle mitrailleuse
flambant neuve
pour écrire le constat
du ici et maintenant
a la rafale
a la froide arrogance
et sans réplique aucune
joli tir
beau staccato
la prose est parfois belle et musclée
pour qui aime la littérature de manifeste
et veut bien se laisser
arsouiller avec la musique
des grands et gros mots
pouvoir/liberté/oppression
parfois ca redresse l’echine
placés comme il faut
et les auteurs sont habiles
profonds et souples a la fois
le rythme
est tenu
et a retenu ma retine
bien cramée au petit lettrage
de ce tract
dense
et poétique souvent
dans les sept premiers cercles
d’une descente aux abîmes de l’occident
et qui n’est pas sans rappeler
les premiers Le Clézio
(la guerre,les géants)
mais où ça se gâte
c’est la fin
une ennivrance
une fin de banquet
grosso résumé
après l’effondrement du “système”
du chaos naîtront de nouveaux rapports
entre les êtres humains
dans une renaissance de communes
là c’est plus de l’angelisme
c’est de la regression adolescente
l’an O1 grotesque
des “jean-jacques roussoteries”
décrochage mental
illuminations
autisme
dernier étage de la fusée
en couillonnerie géostationnaire
qui s’éloigne de l’evidence
la triste evidence:
la bien probable guerre civile
aux ceintures de nos villes
devenues
mexicano-frontalières
ou sarayevotes
avec la disparition progressive
de l’”état policier”
mais que le “pouvoir”
(histoire de parler parannoiaque)
s’émeuve
de cette plaquette “prophétique”
écrite par un comité invisible
comme il y eut une eglise invisible
par un carré de pélerins de l’apocalypse
là
ça méritait pas
sept mois de cabane
peut-être une analyse de texte
et encore
devant tant de candeur
aurait suffit
un haussement d’épaules paternaliste
suivi d’un doigt sur la tempe
a la rigueur
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sur cette sequence
que voilà un jazz qui respire
rythmique béton
countbasienne
tu peux pas la rater
ca rigole pas
le guitariste d’ailleurs
s’y risque pas
mais ses chorus sont a l’heure
ibid le vieux Ralph au clavier
quant au type argenté
et costard bleu
celui-là
tu peux le mettre au défi
piocher dans le grand songbook
de l’amerique
des thirties a la fin du siècle
il connait tous les lyrics
déclinés sur tous tempos
ce vieux beau
une vraie “library”
avec ses airs qui balancent
entre le clergyman défroqué
et le retraité des casino
en vacances a Miami
c’est bien le dernier
après Frankie
of course
qui fait rouler a la spatieuse
la mélodie
quand elle était américaine
comme sur le velours
du tapis
les dés
in a mellow tone
tony benett
“that’s the way to live”
oh yes
et comme ca devrait
jusqu’a la fin
encore un peu de temps
et riche de rien
partir encore
une californie dans la rétine
avec le sourire aux normes
crispé/factice
du rêve americain
sa machoire carrée
invincible
la baraka bronzée
pas sûr qu’elle revienne
en ces temps incertains
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si monk avait vécu
dix ans de plus
que serait devenu
just a gigolo
vers quel grand trait
dernier lâcher de truelle
sous quelle pluie de dés
quelle ultime vibriodissonance
il aurait implosé en plein vol
chasseur en feu
qui perd une aile
une autre
sous les éclats
d’humour triste
de ce très grand
clown noir
qui cassait
inversait la légende
prenait la revanche
sur le clown blanc
Monk
c’est pas du détournement
de la piraterie d’instrument
de la pitrerie musicale
de la parodie bouffonne
il est pas là pour se moquer du son
ironiser d’une pirouette
avec la condescendance
d’un arbitre des élégances
un flambeur d’instant Monk
un joueur
rien qu’un joueur
impair et manque
jeteur amusé de sort
qui balance du sucre
ou des piments
saupoudre a la taquine
mine de rien
d’une pichenette…ci…là
au-dessus du fourneau bouillant
le hasard divinatoire
voir a la seconde
ce que ça donne
comment que ça sonne
juste pour rigoler
just a gigolo
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ah je me l’aurais cogné
maintes fois
somptueux
bâclé
déconstruit
sous toutes déclinaisons
ce truc de Monk
(dont les premières notes
seraient de Gillepsie
selon de sourcilleux exegètes)
qu’importe
là
il tombe
pile:
’round midnight
Benson/guitare
Tyner/piano
relecture qui prend pas la tête
seulement la fuite
sur quelques notes
qui demanderaient
quelque arrêt/respiration
sous les doigts
un peu “trop pros”de Benson
mais quoi
c’est quand même
du salement bon boulot
et les mains de Tyner
a soixante dix et plus
comme ceux de Peterson
a quatre vingt filés
ça
a regarder
c’est de l’espérance
je voulais dire
en l’homme
des vieilles et grandes mains qui rigolent
sur un clavier
c’est un accomplissement
d’élus
de vainqueurs de mort
pour dire quoi
et de plus
qui n’ait été
mais qui tombe au mitan
au bon moment
d’un après-midi de printemps
bien installé de soleil
juste pour flasher
un arrêt du vent
par les feuilles immobiles
de mon arbre
penché par la tornade
et qui me fait désormais
paravent aux voisins
comme quoi
les catastrophes ont du bon
pour dire quoi
et plus
qui n’ait été
et que ce dernier “’round”
cette “scie” a rallonger la songerie
en filant par la fenêtre
va encore dire
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un chaman “in progress”
un pinceur d’acier
qu’a commencé
dans le blues
le rock
qu’en a gardé au poignet
des attaques texanes
pour un jour s’echapper
dans la flamboyance rauque du jazz
de concert
avec
la gorge de fer
de miles davis?
là tu vas voir
au départ
c’est une jeep
qui hoquette dans les dunes la nuit
bute soudain
sur du fil de fer
secoue le grillage
s’y cogne
redemarre
écarte
troue d’un chorus
le métal du ciel
et bien salement servi
par le type a la vaisselle
générateur impavide
et vrombissant
qui tire le fracas du convoi
de john scofield
après
plus que de la tôle ondulée
allumée a blanc
dans le poudroiement
le long des routes
qui mènent a Houston
comme aurait dit Blier/Audiard:
une épée
un mec legendaire
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